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Fig. 1 : Vue préopératoire de la première molaire inférieure restaurée par un composite. (Toutes les Images : Dr Péter Farkas)

mer. 23 septembre 2026

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Ces dernières années, les fabricants ont développé des matériaux composites de plus en plus perfectionnés dans le but d’améliorer l’esthétique, la maniabilité et les propriétés mécaniques. Toutefois, aucune de ces innovations n’a véritablement permis de résoudre le problème de la rétraction de polymérisation. Cette contrainte, due à la contraction volumique lors de la polymérisation, crée des tensions internes au sein de la restauration qui sont susceptibles d’affaiblir la force de liaison, d’entraîner des micro-infiltrations marginales et de causer une sensibilité postopératoire ou des caries secondaires.

Fig. 2 : Radiographie panoramique montrant une lésion carieuse distale.

Fig. 2 : Radiographie panoramique montrant une lésion carieuse distale.

Plus les chirurgiens-dentistes acquièrent des connaissances sur les propriétés d’adhésion et le comportement des composites, plus ils font preuve de prudence vis-à-vis des techniques de stratification pour garantir un résultat durable. Malheureusement, ces techniques empreintes de prudence, en particulier lorsqu’elles visent à réduire les contraintes, nécessitent souvent un temps de traitement beaucoup plus long au fauteuil. Une méthode permettant de simplifier l’étape de stratification tout en préservant l’intégrité de la liaison adhésive et le résultat esthétique s’avère donc de plus en plus nécessaire.

Les restaurations indirectes ont démontré depuis longtemps leur grande efficacité quant à l’adhésion, surtout parce qu’elles permettent à l’interface adhésive d’atteindre sa pleine maturité avant le collage de la restauration dans des conditions de contrainte minimale. C’est particulièrement le cas lorsque la préparation est immédiatement suivie d’un traitement adhésif, appelé « scellement dentinaire immédiat ». Dans cette approche, le scellement de la dentine fraîchement taillée est effectué immédiatement après la préparation de la dent, ce qui donne à la couche de dentine infiltrée par la résine, ou couche hybride, le temps d’atteindre la pleine maturation dans un environnement sans contraintes pendant la fabrication de la restauration en laboratoire. Dans la mesure où, à ce stade, aucun composite susceptible d’induire une rétraction n’est encore mis en place, la couche adhésive reste intacte et peut développer efficacement ses propriétés mécaniques avant le collage définitif.

Toutefois, les techniques indirectes ne sont pas toujours envisageables dans la pratique clinique quotidienne en raison du manque de temps, des coûts ou des préférences des patients. Ces limitations ont suscité un intérêt croissant pour les techniques dites « semi-directes » qui combinent les flux de travail directs et indirects, où les restaurations sont fabriquées soit hors de la bouche sur un modèle créé à partir d’une empreinte rapide, soit directement sur la dent après isolation de l’élément par un matériau tel qu’un ruban en PTFE. Dans les deux cas, la restauration fait l’objet d’une polymérisation extraorale avant d’être réinsérée et collée sur la dent. Cette approche permet de mieux maîtriser les contraintes inhérentes à la polymérisation tout en préservant l’efficacité et la commodité d’un traitement réalisé au fauteuil. Malgré le grand potentiel des méthodes semi-directes, de nombreuses techniques actuelles s’avèrent complexes et nécessitent des compétences artistiques pour le façonnage de la morphologie dentaire à main levée, ce qui limite leur accessibilité dans la pratique quotidienne.

Le concept SEAL (Stress-reduced, Esthetic, Anatomically guided, Layer-less) est une approche semi-directe simplifiée conçue guidée par l’anatomie, sans recours à la stratification, qui vise à réduire la contrainte de polymérisation tout en garantissant un résultat esthétique. Ce concept élimine le besoin des compétences artistiques requises pour le façonnage manuel de la morphologie, car il repose sur une clé réalisée à partir d’un modèle anatomique préformé qui permet aux praticiens de reproduire la morphologie des dents par une simple technique de « copier-coller ». Le cas présenté dans cet article illustre sa mise en pratique.

Description de la technique

Le traitement est celui d’une première molaire inférieure restaurée par un composite (restauration de classe I et V ; Fig. 1). La dent est asymptomatique et présente une réaction normale au test de sensibilité au froid. Une lésion carieuse distale, cliniquement non visible, a d’abord été suspectée lors d’un dépistage de routine, et la radiographie panoramique montre clairement son étendue (Fig. 2).

Après l’isolation par une digue en caoutchouc (Isodam, 4D Rubber ; Fig. 3), le retrait des anciennes restaurations laisse apparaître la lésion carieuse distale (Fig. 4). Un colorant de détection des caries (CARIES DETECTOR, Kuraray Noritake Dental) est appliqué à des fins de confirmation visuelle (Fig. 5).

Fig. 3 : Isolation par une digue en caoutchouc.

Fig. 3 : Isolation par une digue en caoutchouc.

Fig. 4 : Lésion distale mise en évidence après l’élimination du composite.

Fig. 4 : Lésion distale mise en évidence après l’élimination du composite.

Fig. 5 : Colorant de détection des caries utilisé pour visualiser l’étendue de la lésion carieuse.

Fig. 5 : Colorant de détection des caries utilisé pour visualiser l’étendue de la lésion carieuse.

Après l’élimination du tissu carieux, la cavité est préparée par air-abrasion avec des particules d’oxyde d’aluminium de 29 µm, à une pression de 200 kPa (AquaCare, Velopex International ; Fig. 6).

Après la mise en place d’une bande matricielle sectionnelle fortement convexe (Double-Curved Sectional Matrix vendue par TOR VM) stabilisée par un anneau universel (Palodent V3, Dentsply Sirona ; Fig. 7), l’émail est mordancé pendant 20 secondes à l’acide phosphorique à 36 % (BLUE ETCH, Cerkamed), puis rincé et soigneusement séché. Toute la cavité est traitée par un adhésif automordançant en deux étapes considéré comme le système de référence (CLEARFIL SE Protect, Kuraray Noritake Dental), suivi d’une photopolymérisation pendant 20 secondes. Une fine couche (environ 0,5 mm) d’un composite fluide (Estelite Universal Flow, High ; Tokuyama Dental) est ensuite appliquée puis photopolymérisée pendant 20 secondes supplémentaires à l’aide d’une lampe de 1 500 mW/cm² (Curing Pen, Eighteeth).

La reconstruction de la paroi proximale est effectuée progressivement au moyen d’un composite en pâte (Estelite Asteria, teinte NE) dont chaque couche est photopolymérisée pendant 10 secondes (Fig. 8). Un composite fluide renforcé en fibres courtes (everX Flow, GC) est utilisé pour combler les contre-dépouilles par couches successives, photopolymérisées pendant 20 secondes (Fig. 9).

Fig. 6 : Cavité après air-abrasion.

Fig. 6 : Cavité après air-abrasion.

Fig. 7 : Système de bande matrice sectionnelle mis en place.

Fig. 7 : Système de bande matrice sectionnelle mis en place.

Fig. 8 : Paroi proximale reconstruite progressivement au moyen d’un composite.

Fig. 8 : Paroi proximale reconstruite progressivement au moyen d’un composite.

Fig. 9 : Contre-dépouilles comblées par un composite renforcé en fibres courtes.

Fig. 9 : Contre-dépouilles comblées par un composite renforcé en fibres courtes.

En ce qui concerne l’occlusion, sa restauration est assurée par la technique du « copier-coller » au moyen d’un modèle diagnostique anatomique préformé, imprimé en 3D, créé par le maître prothésiste dentaire Janos Mako. Ce modèle sert à fabriquer une clé en silicone transparente (EXACLEAR, GC ; Fig. 10), qui est alors découpée pour isoler la zone correspondant à la première molaire (Fig. 11) et ajustée à la forme voulue afin de faciliter l’adaptation en bouche (Fig. 12). La clé, prête à l’utilisation clinique, est ensuite retirée du modèle imprimé (Fig. 13).

Fig. 10 : Modèle imprimé en 3D et clé en silicone transparente.

Fig. 10 : Modèle imprimé en 3D et clé en silicone transparente.

Fig. 11 : Clé en silicone découpée dent par dent.

Fig. 11 : Clé en silicone découpée dent par dent.

Fig. 12 : Clé en silicone découpée pour la première molaire.

Fig. 12 : Clé en silicone découpée pour la première molaire.

Fig. 13 : Clé en silicone transparente définitive, prête pour l’utilisation intraorale.

Fig. 13 : Clé en silicone transparente définitive, prête pour l’utilisation intraorale.

Fig. 14 : Ruban en PTFE isolant la surface de la cavité afin de prévenir toute adhésion du composite.

Fig. 14 : Ruban en PTFE isolant la surface de la cavité afin de prévenir toute adhésion du composite.

Fig. 15 : Composite renforcé en fibres courtes mis en place sur la surface dentinaire.

Fig. 15 : Composite renforcé en fibres courtes mis en place sur la surface dentinaire.

Fig. 16: Composite de remplacement de l’émail occlusal avant la photopolymérisation.

Fig. 16: Composite de remplacement de l’émail occlusal avant la photopolymérisation.

Fig. 17 : Clé en silicone insérée sur le composite non photopolymérisé.

Fig. 17 : Clé en silicone insérée sur le composite non photopolymérisé.

La cavité est recouverte d’un ruban en PTFE de façon à prévenir toute adhésion entre les couches de composite et la surface cavitaire (Fig. 14). EverX Flow est alors appliqué sur la surface dentinaire, photopolymérisé pendant 10 secondes (Fig. 15), puis une couche d’Estelite Asteria (teinte OcE) est mise en place sans aucune photopolymérisation (Fig. 16). La clé en silicone est ensuite positionnée par-dessus tout en exerçant une légère pression, après quoi, le tout est exposé à une première photopolymérisation (Figs. 17 et 18), suivie d’une seconde après le retrait de la clé (Fig. 19). Par la suite, une photopolymérisation est effectuée hors de la cavité buccale, à raison de 20 secondes de chaque côté (Figs. 20 et 21).

Fig. 18 : Photopolymérisation à travers la clé en silicone.

Fig. 18 : Photopolymérisation à travers la clé en silicone.

Fig. 19 : Composite après retrait de la clé en silicone.

Fig. 19 : Composite après retrait de la clé en silicone.

Fig. 20 : Vue extraorale de la face proximale de l’inlay semi-direct.

Fig. 20 : Vue extraorale de la face proximale de l’inlay semi-direct.

Fig. 21 : Vue extraorale de la face occlusale de l’inlay semi-direct.

Fig. 21 : Vue extraorale de la face occlusale de l’inlay semi-direct.

Après l’essayage (Fig. 22), la restauration est collée au moyen d’un composite de très faible viscosité et hautement chargé (Estelite Universal Flow, SuperLow ; Fig. 23). L’excès de matériau est évacué (Fig. 24), puis chaque côté est à nouveau photopolymérisé pendant 20 secondes avant l’élimination complète des résidus (Fig. 25). Grâce à l’anatomie préformée, la plupart des détails morphologiques sont restés intacts même après l’ajustement occlusal (Fig. 26) et la prise d’une radiographie permet de vérifier la restauration (Fig. 27).

 

Fig. 22 : Essayage de la restauration semi-directe.

Fig. 22 : Essayage de la restauration semi-directe.

Fig. 23 : Collage par un composite fluide.

Fig. 23 : Collage par un composite fluide.

Fig. 24 : Avant l’élimination des excès.

Fig. 24 : Avant l’élimination des excès.

Fig. 25 : Après l’élimination des excès et le polissage de la restauration.

Fig. 25 : Après l’élimination des excès et le polissage de la restauration.

Fig. 26 : Vue occlusale après le dernier ajustement.

Fig. 26 : Vue occlusale après le dernier ajustement.

Fig. 27 : Dernière radiographie de la restauration.

Fig. 27 : Dernière radiographie de la restauration.

Discussion et conclusion

Une grande partie de l’activité quotidienne au cabinet dentaire est consacrée au remplacement de restaurations existantes en raison de caries secondaires, d’une sensibilité postopératoire ou de fractures structurelles. Ces situations cliniques courantes soulèvent une question importante : dans quelle mesure la rétraction de polymérisation intervient-elle dans ces échecs de traitement ?

Sur le plan conceptuel, il existe un équilibre délicat entre la force de liaison et la contrainte de polymérisation. Une faible force de liaison et un niveau de contrainte élevé sont associés à un risque de décollement. Même si la liaison est excellente, une contrainte excessive peut encore causer des tensions internes qui entraînent des problèmes tels qu’une déflexion cuspidienne ou des défauts marginaux.

La réussite clinique à long terme dépend donc non seulement de l’obtention d’une force de liaison optimale, mais aussi de la présence d’une contrainte de rétraction minimale. C’est ce dont tient compte le concept SEAL. En permettant la maturation de la couche hybride sans contrainte grâce à l’utilisation d’une barrière en PTFE qui isole temporairement le composite de la surface de collage, cette approche permet de reproduire la technique du scellement dentinaire immédiat utilisée dans les restaurations indirectes.

De plus, l’efficacité de la technique du « copier-coller » reposant sur une clé en silicone transparente fabriquée à partir d’un modèle anatomique écarte le besoin d’une stratification complexe. La restauration semi-directe obtenue est tout autant esthétique que prédictible et ne nécessite qu’un minimum de compétences artistiques. Cette technique est abordable, facile à maîtriser et très utile dans le cadre de la pratique générale.

Note éditoriale:

Cet article a été initialement publié dans le magazine cosmetic dentistry & facial aesthetics international vol. 19, issue 2/2025. Cet article a été publié dans Dental Tribune France No. 3, 2026.

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